L’enquête rétrospective publiée par BETO.CD sur le contrat sino-congolais de 2008 met en lumière l’écart spectaculaire entre les promesses initiales et la réalité du terrain. Conçu sur le principe d’une mine contre des infrastructures, cet accord devait transformer le paysage congolais en échange du cuivre et du cobalt de Kolwezi. Dix-huit ans plus tard, l’analyse des flux financiers et des chantiers physiques révèle des failles structurelles majeures.

Selon les données de BETO.CD, le bilan physicalise un taux d’exécution dérisoire. Sur les 31 hôpitaux de 150 lits promis, un seul a vu le jour, l’hôpital du Cinquantenaire. Les 145 centres de santé, les 2 universités, les 5 000 logements sociaux et les 380 kilomètres de chemin de fer prévus n’ont jamais été construits. Sur un montant initialement attendu de 3 milliards de dollars pour les infrastructures, à peine 822 millions de dollars ont été effectivement décaissés.
Incompatibilités et incohérences du dossier
L’investigation de BETO.CD souligne plusieurs contradictions flagrantes entre la gouvernance annoncée et la réalité du contrat :
Pendant que la partie chinoise a engrangé près de 10 milliards de dollars de profits en une décennie, la RDC n’a reçu que 822 millions d’infrastructures. Les chiffres sur le réseau routier se contredisent selon les sources. La coalition CNPAV recense 356 kilomètres réellement bitumés, tandis que le CREFDL avance 953 kilomètres mais précise que seuls 91 kilomètres respectent les normes, le reste étant de la terre réhabilitée.
Malgré la signature de l’avenant 5 en 2024 augmentant le volet infrastructures à 7 milliards de dollars, les chantiers comme les rocades de Kinshasa ou la RN1 sont bloqués par l’immobilisation en douane à Matadi de plus de 3 000 tonnes de matériel et de bitume.
Dix-huit ans après la signature du contrat, le document d’origine et ses annexes ne sont toujours pas rendus publics.
Révélations et audits
L’enquête de BETO.CD rassemble les conclusions de plusieurs institutions indépendantes pour documenter les pertes :
Dès 2017, le Carter Center révèle 685 millions de dollars de prêts infrastructures non justifiés sur la période 2008-2014. De son côté, l’Inspection générale des finances a confirmé en 2023 le déséquilibre massif entre les bénéfices chinois et les réalisations congolaises. Tandis que le CREFDL estime la surfacturation de 40 ouvrages à 824,5 millions de dollars, et l’ODEP pointe le coût de l’hôpital du Cinquantenaire, grimpé à 114 millions contre 14,8 millions au contrat initial. En 2024, le FMI a reconnu ignorer la manière dont les projets avaient été sélectionnés et exécutés.
Un audit indépendant confié en mars 2026 au consortium Mayer Brown, Rothschild & Co, EY et SRK doit désormais passer en revue seize ans de gestion financière et technique pour établir la vérité sur ce contrat historique.
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