À moins de 200 mètres des imposantes installations de l’entreprise minière Luilu Ressources, le quotidien est devenu un combat pour respirer. Nous sommes au village Noa, à seulement quelques kilomètres de Kolwezi, le cœur économique de la province du Lualaba.
Ici, les autochtones haussent le ton et accusent la société de faits graves : une pollution atmosphérique persistante, caractérisée par une odeur suffocante d’acide. Depuis l’année 2024, la vie dans cette partie du village aurait basculé dans le cauchemar.
L’enfer des nuits à Noa : les villageois témoignent
Cette odeur délétère se répandrait principalement aux heures vespérales, à la tombée de la nuit, mettant en danger la santé de toute une communauté. À Noa, la quasi-totalité des habitants partage la même détresse. Au-delà des impacts sanitaires, c’est tout leur écosystème qui dépérit.
Sur place, la colère des habitants est palpable, et les témoignages décrivent une situation humanitaire intenable :
« Les odeurs d’acide nous étouffent et sont probablement à l’origine de la toux persistante qui nous frappe. Au village Noa, la vie est devenue insoutenable. Alors que les travailleurs de Luilu Ressources se protègent, nous subissons cette pollution au quotidien », déplore un habitant, le visage marqué par la fatigue.

Selon les paysans, l’impact environnemental est tout aussi dévastateur. Les plantations ne poussent plus comme avant, ruinant l’agriculture locale. Même les infrastructures les plus solides subissent les assauts de cette atmosphère corrosive, se dégradant prématurément.
Un autre sinistré du village exprime son désespoir face à ce désastre invisible mais destructeur :
« Plus rien ne pousse convenablement dans la terre. Nos tôles, pourtant neuves, sont déjà oxydées. Chaque nuit, à partir de 22 heures et jusqu’à 5 heures du matin, l’atmosphère se dégrade brutalement, avant de redevenir normale pendant la journée. »
Des promesses de relocalisation sans suite
Face à la crise, le dialogue semble aujourd’hui au point mort. Les sinistrés affirment que des délégations de Luilu Ressources ont visité le village à plusieurs reprises en vue d’une éventuelle relocalisation ou indemnisation. Mais jusqu’à présent, ces tractations n’ont accouché que d’une souris, laissant les villageois dans l’incertitude la plus totale.
« Les responsables de Luilu Ressources sont déjà passés sur les lieux. Ils ont pris des photos et nous ont promis une délocalisation, mais cette promesse est restée sans suite. Pour nous, la seule solution viable est d’être délocalisés afin de pouvoir vivre ailleurs », tranche un leader communautaire de Noa.
Luilu Ressources rejette toute responsabilité
Confrontée à ces accusations, la direction de Luilu Ressources rejette en bloc toute responsabilité directe dans ces désagréments. Au cours des discussions techniques et environnementales, l’entreprise a tenu à clarifier la situation.
Selon ses experts, les odeurs perçues par la population en fin d’après-midi proviennent des opérations de maintenance du four et du déchargement du soufre, et non d’émanations directes d’acide sulfurique. Pour la société, inhaler de l’acide pur, même pendant une heure, est physiologiquement impossible sans protection spécifique, car l’effet serait immédiatement intolérable.
Les responsables insistent sur le fait que l’usine est dotée de technologies de pointe. Aucun débordement, aucune fissure de bassin, ni aucun accident majeur lié à l’acide n’a été enregistré. Pour preuve, avancent-ils, la végétation se développe normalement aux abords immédiats des bassins et des agents locaux travaillent dans les départements les plus sensibles depuis des années sans aucun incident médical majeur. Ils affirment même que les vapeurs acides ne sont pas assez concentrées pour attaquer ou oxyder les tôles des maisons environnantes.
La société civile exige des analyses scientifiques
Pourtant, l’alerte dépasse désormais les frontières du village. En décembre 2024, les ONG ADDL et AFREWATCH sont montées au créneau à travers un communiqué de presse conjoint. Elles y dénonçaient avec vigueur les fortes odeurs d’acide et les poussières étouffantes émanant de Luilu Ressources, fustigeant les impacts destructeurs sur la santé humaine et les cultures du village Noa.
Ces organisations exigeaient également l’application immédiate de mesures d’atténuation, le respect strict du Plan de Gestion Environnementale et Sociale (PGES), ainsi que l’indemnisation juste et rapide des victimes. Aujourd’hui, des analyses scientifiques indépendantes sont vivement souhaitées par toutes les parties pour inférer des conclusions claires et redonner, enfin, un second souffle aux habitants de Noa.
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