Entre violations flagrantes du Code minier, déni industriel et détresse sanitaire, radiographie d’un désastre environnemental et humain au cœur du quartier TOYOTA. Vue de loin, la silhouette massive de ce gigantesque bassin de traitement minier sature l’horizon et capte toute l’attention. Mais à Likasi, au cœur du quartier TOYOTA, la réalité est bien plus brutale pour les résidents de la cellule SADELMI 2. Ici, la population ne se contente pas de regarder l’industrie ; elle vit quotidiennement enchaînée à un péril invisible.
À quelques mètres seulement des premières parcelles résidentielles, un immense bassin de rétention des rejets, gorgé des eaux usées de l’entreprise Divine Land Mining, s’impose comme une menace permanente. Pour des centaines de familles congolaises, cette cohabitation forcée est devenue un calvaire physique et une angoisse de chaque instant. Sur les habitations, le constat est immédiat : rongées et prématurément désintégrées par des émanations acides, les tôles des toitures offrent la preuve d’une exposition continue à la toxicité du site.

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Une législation bafouée au mépris de la vie humaine
Pourtant, la législation de la République Démocratique du Congo est catégorique. L’article 279 du Code minier interdit formellement l’érection ou l’exploitation de toute installation de traitement de minerais à moins de 1 000 mètres des habitations et des sources d’eau potable.
À la cellule SADELMI 2, cette distance de sécurité vitale s’est littéralement volatilisée : le bassin de rétention n’est séparé des enfants qui jouent que par une dizaine de mètres.
« Nous n’avons pas été consultés avant l’érection de ce bassin, ce qui démontre une défaillance de l’État. Peut-être ont-ils consulté le maire et le bourgmestre en leur glissant une enveloppe ? Mais ce ne sont pas les autorités qui souffrent de la situation, ce sont les paisibles citoyens. Vous ne verrez jamais dans d’autres pays une population vivre aux côtés de bassins d’acide, ni des entreprises implantées au milieu des habitations. »
Pire encore, les observations sur le terrain révèlent des failles techniques majeures sur la membrane d’étanchéité de la structure, laissant filtrer des fuites continues vers le sol. Face à ce constat alarmant, une question hante les esprits : une véritable Étude d’Impact Environnemental et Social (EIES) a-t-elle seulement été réalisée et validée avant le début des opérations ?

Pluies acides et drainage minier : l’effet ciseau
Avec le retour des précipitations, l’inquiétude légitime des riverains se mue en terreur. Les digues de protection en terre menacent de céder sous la pression hydraulique croissante. À chaque forte averse, des eaux débordent et lèchent directement les murs des habitations.
L’impact de la pluie sur ces infrastructures minières déclenche deux phénomènes physico-chimiques critiques :
L’apport massif d’eau provoque des risques immédiats de contamination des nappes phréatiques en raison du manque d’étanchéité de la structure.
Le Drainage Minier Acide (DMA) : L’action conjuguée de l’eau et de l’oxygène oxyde les minéraux sulfurés présents dans les résidus (comme la pyrite). Ce mécanisme génère en continu un excès d’acide sulfurique, agissant comme un solvant destructeur pour l’écosystème environnant.
Témoignage d’une mère de famille du quartier TOYOTA :
« Ce site est à l’origine de pluies acides qui détruisent nos toitures. Aujourd’hui, respirer est devenu compliqué à cause des gaz qui s’en dégagent. » déclare un riverain
La dégradation de l’écosystème s’accompagne d’un coût humain intolérable. Selon plusieurs experts en toxicologie environnementale, ces eaux de rétention concentrent un cocktail hautement toxique : acide sulfurique, cobalt, arsenic et plomb. À long terme, ce poison invisible pénètre l’organisme humain, provoquant des pathologies lourdes : insuffisances rénales, dommages cardiaques et de graves malformations congénitales chez les nouveau-nés.
« Ce bassin présente plusieurs dangers, d’abord pour les enfants qui jouent à proximité. Ils toussent exagérément chaque matin et, malgré les interventions médicales, cette toux est devenue chronique. » Alerte un risidant du Quartier

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L’illusion de la saison sèche
Si le danger semble s’effacer ou s’assécher durant la saison sèche, ce n’est qu’une illusion temporaire. Le retour des pluies réactive brutalement la chimie des résidus : l’eau déclenche une hausse massive de l’acidité, libérant et propageant à nouveau ces métaux lourds directement dans les nappes phréatiques et les cours d’eau environnants.

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Spoliation foncière et résistance citoyenne
À la détresse sanitaire s’ajoute désormais une profonde crise foncière. Pour étendre ses infrastructures industrielles, la direction de Divine Land Mining avait entamé des procédures d’expropriation. Cependant, le dialogue s’est rapidement rompu. Jugées dérisoires et insultantes par rapport à la valeur des biens et à l’histoire des terres, les indemnités financières proposées ont provoqué la colère des riverains.
Témoignage d’un habitant exproprié :
« Auparavant, ils avaient entamé des négociations pour indemniser les habitants. Cependant, les montants proposés étaient minables, sous prétexte qu’ils avaient besoin du sol et non des maisons. » affirme une victime
Aujourd’hui, les derniers occupants organisent la résistance. Ils refusent de voir leurs droits fondamentaux sacrifiés sur l’autel du rendement minier et de la course mondiale au cobalt. Mais cette lutte se fait au prix de leur propre santé. Cette crise ravive d’ailleurs un souvenir douloureux dans la région : celui de la catastrophe humanitaire majeure provoquée par l’entreprise CDM à Lubumbashi en 2025.

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L’impasse des contrôles et l’opacité industrielle
Contacté au cours de notre enquête, le chargé des relations publiques de Divine Land Mining s’est montré particulièrement réticent. Il a invité notre équipe de rédaction à une mission d’inspection conjointe sur le site, aux côtés d’experts du ministère national de l’Environnement, affirmant avec assurance que seules des analyses neutres établiront scientifiquement s’il y a pollution ou non.
Pourtant, sur le terrain, cette main tendue ressemble fort à une impasse politique. Selon des sources locales concordantes, ni le maire de Likasi, ni les services environnementaux provinciaux n’auraient été informés de cette mission officielle. Pire, ces derniers se seraient vu interdire l’accès aux installations de l’entreprise.
En coulisses, une source interne confie sous anonymat que des cas graves de pollution ont bel et bien été détectés, et que la société aurait même déjà été verbalisée et contrainte discrètement à verser des dédommagements.
La pollution n’étant pas toujours immédiate, les dénégations actuelles de l’industriel ou des tests négatifs à un instant “T” n’annulent en rien le danger permanent. Le mécanisme d’infiltration lente lié aux cycles des pluies démontre que la contamination s’installe silencieusement et se constate principalement sur le long terme. À Likasi, le bras de fer asymétrique continue, tandis que la terre et les hommes continuent de subir, dans leur chair, la loi implacable du cuivre et du cobalt.
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