L’enthousiasme des premiers jours a laissé place à un amer sentiment d’abandon. Plus de deux mois après le lancement officiel des travaux de découverture sur le site de la Zone d’Exploitation Artisanale (ZEA) 786 à Kasulo, dans la ville de Kolwezi par la Gouverneure du Lualaba, Fifi Masuka Saini, le chantier est totalement à l’arrêt. Plusieurs creuseurs artisanaux venus de la concession T17 dénoncent l’inefficacité de l’entreprise de sous-traitance EKMM et lancent un ultimatum aux autorités.

Sur le terrain, le décor est saisissant. Des pelles mécaniques immobiles, des camions à l’arrêt et des chantiers déserts. Les responsables de la ZEA justifient ce fiasco par la vétusté des engins et une panne sèche de carburant généralisée. Depuis près de deux semaines, les opérations sont au point mort.
Une situation insupportable pour des milliers de mineurs artisanaux. Ces derniers avaient accepté de libérer la concession privée T17 de l’entreprise KCC dans l’espoir de trouver à Kasulo un cadre de travail sécurisé, légal et organisé.
« Cela fait déjà trois mois que cette découverture a commencé et rien n’avance. Toutes les pelles sont en panne, les camions sont immobilisés. Nous sommes plus de 15 000 creuseurs abandonnés à notre sort. Il faut revoir ou rompre le contrat avec cette entreprise de sous-traitance défaillante », s’indigne un représentant des mineurs.

Faute d’activité depuis trois mois, la précarité s’est installée dans les foyers, alors même que la nouvelle année scolaire vient de débuter. Les parents, privés de revenus, se retrouvent incapables de scolariser leurs enfants.
« Nous lançons un cri de détresse à Madame la Gouverneure Fifi Masuka. C’est vous qui nous avez poussés à venir ici, vous êtes notre autorité, notre mère. Aujourd’hui, vos enfants souffrent. Donnez-nous l’accès à cette ZEA pour que nous puissions travailler, conformément à votre promesse. On nous avait garanti un accès au site en trois mois, et aujourd’hui nous ne récoltons que de la misère », implore un creuseur.

Parmi les principales victimes de ce blocage figurent les catégories les plus vulnérables. Des personnes vivant avec un handicap, qui bénéficiaient d’un encadrement et d’un espace de travail adapté sur le site T17, se retrouvent aujourd’hui privées de toutes ressources.
« Sur le site T17, nous étions encadrés et autonomes. On nous a fait quitter nos villages pour nous amener ici en nous promettant qu’aucune personne vivant avec un handicap ne serait réduite à la mendicité. Le Directeur Général nous avait promis du travail pour tous. Quatre mois plus tard, nous n’avons ni emploi, ni assistance, ni perspectives », dénonce un membre du collectif.

Face à des promesses non tenues, la patience des mineurs artisanaux est à bout. Ayant respecté leurs engagements envers l’État et la société KCC, ils menacent désormais d’envahir à nouveau la concession privée T17 si aucune solution urgente n’est trouvée pour remplacer le sous-traitant.
« Vos promesses n’ont pas été réalisées. Nous avons cédé de bonne foi pour que vous nous prépariez un cadre digne, mais la souffrance n’a fait qu’augmenter. Ceci est notre dernier avertissement. Si les autorités ne réagissent pas, nous allons nous soulever et réinvestir le site T17. S’il n’y a pas de réaction rapide, vous allez ramasser les pots cassés », prévient un leader syndical.

Le 14 juillet dernier, le lancement des travaux avait pourtant fait l’objet d’une cérémonie fastueuse en présence du gotha politique et minier de la province. Près de trois mois plus tard, les creuseurs, qui vivent au jour le jour, attendent toujours le premier coup de pioche. Une bombe sociale à retardement pour le Lualaba, alors que la survie de milliers de familles dépend exclusivement de la ZEA 786.
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