Malgré l’octroi par l’ARECOMS d’un quota stratégique pour l’exportation du cobalt, l’Entreprise Générale du Cobalt (EGC) est critiquée par les acteurs du secteur artisanal. Incapacité d’achat, zones d’approvisionnement floues, opacité décisionnelle et soupçons de sous-traitance déguisée au profit d’intérêts étrangers : sept ans après sa création, la promesse d’émergence d’une classe moyenne congolaise dans les mines ressemble plus que jamais à un mirage.
C’est un constat particulièrement amer qui est ressorti de la table ronde organisée le 08 octobre dernier à Kolwezi par l’ONG Action Sans Frontière (ASF). Réunissant les responsables des coopératives minières, les organisations de la société civile et les professionnels des médias, cette assise visait à faire la lumière sur la gestion du quota de cobalt attribué à l’EGC par l’Autorité de Régulation et de Contrôle des Marchés des Substances Minérales Stratégiques (ARECOMS).
Pourtant, au grand regret des participants, ni le Ministère provincial des Mines, ni l’ARECOMS, ni la direction de l’EGC n’ont fait le déplacement. Cette politique de la chaise vide a été qualifiée d’esquive par les organisateurs, l’EGC ayant décliné sa participation en prétextant l’absence du régulateur.

Sur les sites d’exploitation artisanale, les stocks de cobalt s’accumulent sans trouver preneurs, plongeant des milliers de creuseurs dans une précarité à l’approche des fêtes de fin d’année. La question centrale posée par les acteurs du terrain est désormais sur toutes les lèvres : où passe le cobalt exporté sous le quota de l’EGC ?
Dans un rapport publié, ce mardi 20 octobre 2026, les participants dénoncent une incapacité financière manifeste. L’EGC ne semble pas disposer des liquidités suffisantes pour éponger la production artisanale locale, laissant les coopératives et les exploitants dans une impasse socio-économique totale.
La question de la provenance des minerais soulève de sérieux doutes quant à la légalité des pratiques de l’entreprise. Alors que les coopératives locales affirment ne pas lui vendre leurs produits et que la seule Zone d’Exploitation Artisanale (ZEA) officielle de Kasulo ne l’alimente pas, l’EGC continue de s’approvisionner sur des sites appartenant à des industriels. Cette pratique la rapproche dangereusement du recel et dénature sa mission d’origine, l’éloignant définitivement des attentes des exploitants artisanaux.
Plus grave encore, une dérive stratégique majeure est soulevée. L’EGC aurait cédé son quota d’exportation à des unités de traitement privées détenues par des opérateurs chinois, à l’instar de CCR. Il est consternant de constater que l’entreprise publique s’associe aux mêmes entités autrefois décriées par les creuseurs pour le trichement des poids, des prix et des teneurs. Pour la société civile, l’EGC ne joue plus son rôle de bouclier national mais s’est transformée en un simple agent acheteur travaillant pour le compte d’intérêts étrangers.
Enfin, l’entreprise souffre d’un déficit de communication intolérable. En l’absence de cadre de dialogue permanent, les informations sont diffusées au compte-gouttes, en retard ou tout simplement dissimulées. Cette opacité s’étend également aux critères de sélection des coopératives, totalement flous, entretenant un sentiment d’injustice et d’iniquité dans la répartition des opportunités.

L’ARECOMS également dans le collimateur
L’Autorité de Régulation n’a pas non plus été épargnée lors des débats. Ne disposant d’aucun bureau de représentation à Kolwezi, cœur battant du cobalt congolais, l’ARECOMS opère en vase clos et prend ses décisions de manière unilatérale.
Les participants déplorent que le quota attribué à l’EGC ait été fixé sans tenir compte des capacités réelles de production du secteur artisanal. Cette faille de régulation privilégie de fait l’industrie lourde aux capitaux privés, tout en laissant pour compte les exploitants artisanaux congolais.
Face à l’échec criant d’un modèle censé émanciper les nationaux, les participants à la table ronde, soutenus par l’ONG ASF, ont formulé des exigences claires. Ils réclament l’évaluation et le rachat immédiat des stocks de cobalt qui croupissent sur les sites avant la fin de l’année, la publication de critères de sélection transparents pour les coopératives, ainsi que la création d’un cadre de dialogue permanent. Ils exigent également une augmentation du quota d’exportation accordé par l’ARECOMS, ajustée sur la base de statistiques réelles de production.
Pour faire valoir ces revendications, une délégation conjointe de 7 responsables de coopératives et 3 représentants d’ONG se rend ce 20 octobre au siège de l’ARECOMS à Lubumbashi. Dans la foulée, la mission se poursuivra à Kinshasa pour rencontrer la Direction générale de l’EGC afin d’obtenir des garanties fermes d’achat.
Le message de la société civile est désormais catégorique : si l’EGC est incapable d’assumer sa mission d’État, elle doit reconnaître ses limites, structurer un partenariat encadré avec des sous-traitants crédibles et mettre fin à ce monopole inefficace. L’artisanat minier congolais ne peut plus payer le prix de promesses non tenues.
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