Home Mines Lualaba : Comment l’entreprise DCM affame Mutaka 2 au mépris des lois (ENQUÊTE)
MinesSociété

Lualaba : Comment l’entreprise DCM affame Mutaka 2 au mépris des lois (ENQUÊTE)

Share
Share

Derrière la quête mondiale de minerais stratégiques, la société Dirton Corporation Mining, DCM (filiale du géant chinois Zhejiang Jiana Energy) orchestre un véritable rouleau compresseur social. En rasant illégalement les cultures sans indemnisation juste, le minier condamne plus de 300 familles à la famine. Entre expropriations sauvages et violation systématique du Code minier, plongée au cœur d’un scandale que l’État semble impuissant à juguler. (Données sécurisées par FORBIDDENS STORIES)

À Mutaka 2, dans la chefferie de BAYEKE, province du Lualaba, en République Démocratique du CONGO, le sol ne tremble pas seulement sous le poids des camions bennes ; il tremble sous le poids d’une injustice qui menace de briser la paix sociale de toute une région. Depuis l’arrivée de l’entreprise DCM, ce village agricole autrefois paisible est devenu le théâtre d’une dépossession méthodique, opérée au mépris total de la dignité humaine et de la souveraineté juridique du pays.

L’arbitraire des bulldozers : une stratégie de la terre brûlée

L’offensive de DCM a débuté sous le couvert d’un projet de réhabilitation routière. Mais la réalité sur le terrain a rapidement pris une tournure prédatrice. Sans aucune notification préalable, les engins de chantier ont été lancés sur les terres arables, transformant des hectares de maïs et de manioc prêts pour la récolte en un tas de décombres végétaux.

Ce mode opératoire n’est pas fortuit. En détruisant la source de revenu immédiate des paysans, l’entreprise les place dans une situation de vulnérabilité absolue, les forçant à négocier « le ventre vide ». Pour les 300 familles spoliées, ce n’est pas seulement une perte financière ; c’est la destruction du capital scolaire des enfants et l’anéantissement de la sécurité alimentaire locale.

Cadre juridique : Une violation flagrante du Code Minier

Le comportement de DCM n’est pas seulement immoral, il est illégal. Le Code Minier de 2002, révisé en 2018, ainsi que son Règlement Minier, encadrent pourtant strictement les relations entre les exploitants et les populations locales. Avant toute activité sur le terrain, la loi impose la réalisation d’une Étude d’Impact Environnemental et Social (EIES) (Articles 204 et suivants). Dirton Corporation Mining s’est installée en faisant fi de cette obligation, privant les communautés d’une consultation légitime et d’un Plan d’Action de Réinstallation (PAR) en bonne et due forme.

La loi stipule que l’occupation d’un terrain par un titulaire minier donne lieu à une indemnisation « équitable et préalable » (Article 281). En proposant 200 dollars par hectare alors qu’une seule récolte peut rapporter plusieurs fois cette somme, DCM viole l’esprit et la lettre de la loi. Ou encore, le titulaire des droits miniers est tenu de respecter les zones de culture. Toute occupation de terre doit être précédée d’un accord mutuel ou d’une procédure d’expropriation pour cause d’utilité publique (Article 279), ce qui n’a jamais été le cas à Mutaka 2.

L’impuissance de l’État et le spectre de la famine

L’aspect le plus tragique de ce dossier réside dans le sentiment d’abandon ressenti par les victimes. Malgré les visites de délégations ministérielles et parlementaires, DCM reste murée dans un silence de fer. Depuis août 2025, les promesses de régularisation se sont enlisées dans les sables mouvants de la bureaucratie, laissant l’entreprise poursuivre ses activités en toute impunité. Aujourd’hui, l’obscurité a remplacé l’espoir.

À Mutaka 2, on ne compte plus les sacs de maïs, mais les jours qui séparent les familles de la malnutrition sévère. Privés de leurs terres, les habitants assistent, impuissants, à la mise aux enchères de leur survie. Comment une entité privée peut-elle persister dans la violation systématique des prescrits légaux en narguant ouvertement l’autorité de l’État ?

Si rien n’est fait, Mutaka 2 ne sera plus seulement le symbole d’une spoliation minière, mais celui d’un sacrifice humain consenti sur l’autel du profit mondial.Jusqu’à ce jour, la société DILTON CORPORATION MINING opte pour le silence. Aucune déclaration ni réaction pour éclairer l’opinion publique.

Share

Leave a comment

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Don't Miss

​Lualaba : JUSTICIA Asbl salue le démantèlement d’un réseau de pillage minier industriel à Kolwezi

L’organisation de défense des droits de l’homme et de promotion du développement JUSTICIA Asbl tape du poing sur la table. Dans un communiqué...

Crise sociale à Tenke Fungurume Mining : simple malaise passager ou début d’un désaccord interne durable ?

En ce début de mois de juin 2026, le climat social s’est brutalement détérioré sur le site de Tenke Fungurume Mining, l’un des...

Related Articles

Lualaba: les travaux de viabilisation de la  ZEA 786 à l’arrêt, la menace d’un retour massif des creuseurs vers le site T17  se précise

L’enthousiasme des premiers jours a laissé place à un amer sentiment d’abandon....

Lualaba : Les habitants du village Musompo se soulèvent contre la pollution causée par l’entreprise Carrilu

Mobilisés contre la dégradation continue de leur cadre de vie et les...

Kolwezi : la presse locale armée pour enquêter sur les abus des droits humains dans le secteur minier

Du 14 au 16 septembre, la ville minière de Kolwezi a accueilli...